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Bienvenue

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Le poème du samedi

Le poème du samedi

Le 12 mai 2012

Comme des bourgeons sur une branche nous nous sommes ouverts à la vie, surpris par sa magnificence. Sous la poussière du temps, le quotidien est devenu à nos yeux embrouillés une évidence ordinaire auquel nous nous sommes habitués, nous faisant oublier l’essentiel en ce qu’il a d’exceptionnel, d’éphémère et de merveilleux en son spectacle journalier… Vivre et aimer, goûter l’instant présent avec gourmandise dans le regard du premier jour !

***

Le mutant

Sculpture faite par l'auteur

Rien !
Moins que mutant
Suspendu
Dans l’univers
Entre l’alpha et l’oméga
L’espace d’un revers.
Roulé...
Comme...
Un galet dans la mer.
Que ne suis-je
Indifférent au temps ?

Le 5 mai 2012

Les marches de granit

Ce poème exposé au musée de Linz en 1975 est extrait de "L'étrange étranger"
(R.A.Halique, Editions de L'Athanor)


***

L’humanité fait face aux marches de la haine !
Les cent quatre vingt six, d’où de l'enfer profond
Jusqu'au plus haut du ciel aucun dieu ne répond
Les marches de Mauthausen

Aux accents d'opéra, dantesque mise en scène,
Pendant qu’à l’appelptatz l’orchestre joue Wagner
D’hallucinés zombies remontent au concert
Sur les marches de Mauthausen

La tête pantelante et soumise à l'amen,
Ténébreux margotins que la faim racornit,
Ils portent sur le dos leur trépas de granit
Sur les marches de Mauthausen

Au rythme cadencé des sabots de la haine
Qui chaussés du supplice exaspèrent la chair
Les reins se plient aux coups du brutal Matoucher
Sur les marches de Mauthausen

La Mort double sa chance en tablant sur deux N
Humains de toute race et de noble vertu,
Espagnols, juifs, hongrois, tant de vies que l'on tue
Sur les marches de Mauthausen

Ainsi l'homme n'a droit qu’à une fin obscène
Et quand sa croix de bois chauffe le crématoire
Une botte nazie écrase sa mâchoire
Sur les marches de Mauthausen



Du haut de la carrière une folie soudaine,
Devant des yeux vaincus par la fièvre et la peur,
A poussé dans le vide une vie qui se meurt
Sur les marches de Mauthausen

Des molosses rageurs se mêlent à la scène
Eventrant la charogne avant que la ramasse
La charrette du soir des trépassés qui passe
Sur les marches de Mauthausen

Macchabées incestueux empilés par douzaine,
Tas de membres flottants et qui sentent le pus,
Ils se sont libérés et ne passeront plus
Sur les marches de Mauthausen

Et pendant que le feu sur leur chair se déchaîne
Un sépulcral encens monte du crématoire
Et chasse le soleil de la campagne noire
Sur les marches de Mauthausen

O vent superbe et libre emporte dans ta plaine
La cendre des martyrs et leur rêve invaincu,
Puis rapporte aux échos tout ce qu'ils ont vécu
Sur les marches de Mauthausen

Le venin du démon circule dans nos veines
Pour un matin germer d'un monstre grimaçant,
Tel sur l'étoile jaune un champignon de sang
Sur les marches de Mauthausen

Notre malheur se livre aux feux de la Géhenne,
Devant la cruauté nos consciences sont lâches
Et tous les pieux discours n’effacent pas nos taches
Sur les marches de Mauthausen

Si sur les marches, morts, ils ont vaincu la haine
Sa trace sous les pas du temps va s'émousser
Et l'insidieux poison peut toujours repousser
Sur les marches de Mauthausen.

Le 14 avril 2012

L’âme en cage

Qui n'a pas rêvé d'être un oiseau et de s'envoler hors de la sphère pour y trouver l'éternité ?

***

Mon âme est un oiseau
Dans une cage en chair
Rêvant de liberté,
De quitter son créneau
Pour s’envoler dans l’air
Au mépris des orages,
Guidé par la lumière
De la maison de Dieu…
Mes ailes déployées,
En chevauchant les vents
Je sauterai les nuages
Au-delà de la sphère
Pour butiner des fleurs
Dans le champ des étoiles,
Puis, grimpant l’arc en ciel
En affalant sa voile
Je me laisserai glisser
Pour goûter si le miel
Y est aussi sucré !
Si je m’en vais déjà
La porte étant ouverte
N’en soyez pas fâchés !
En me posant sur terre
Je me suis laissé prendre.
Je n’ai pas tout compris
Il est trop de misère
Et l’envie de se pendre !
Content de m’en aller
Je n’en ai plus la voix
Ni le cœur à chanter
Moins encor chants de guerre.
Mon âme est un oiseau
Rêvant d’éternité
Quand je serai là haut
Je chanterai l’amour
Pour que vous l’entendiez !

Le 7 avril 2012

Lacrimae Christi

Quand les banques souveraines
Jouent l’humain au baccara
Les esclaves à leurs chaînes
Dans leurs plans ne comptent pas,
Car les murs sont à la haine
Ce qu’est le Veau d’or à Judas.

Quand les fumées de Mauthausen
Empêchent le croissant d’Allah
De briller sur Jérusalem
Avec l’étoile du Sabbat
C’est que les murs sont à la haine
Ce que Caïphe est au Sénat.

Quand aux orgues de Bethléem
Répondent les cris des combats,
Et qu’on enchaîne les poèmes
Dans les barbelés de là bas
C’est que les murs sont à la haine
Ce qu’est la foule à Barabbas.

Quand une potence inhumaine
Crucifia le « renégat »,
Si personne n’eut de la peine
Sur son sang l’échafaud pleura
C’est que les murs sont à la haine
Ce qu’est Pilate au magistrat.

Quand des otages sont dans leur chaîne
Et que gerbent les attentats,
Si le Tiers monde se déchaîne
Contre les riches potentats
C’est que les murs sont à la haine
Ce qu’est la Tunique au soldat.

Au bras de Simon de Syrène
Tous les cœurs ont la même voix,
Tous les sangs sont de même veine,
Tous les os font un même bois,
Pourtant les murs sont à la haine
Ce qu’est la croix au Golgotha.

Avant que l’homme se souvienne
Qu’il n’est qu’un fantôme ici-bas
Une ombre qui se promène,
Son suaire le recouvrira
Puisque les murs sont à la haine
Ce qu’est le tombeau au trépas.

Sont les voix de Yad Vashem
Qui nous rappellent au Sabbat :
« Tombe tes murs en Bethléem
Que ton sang n’en rougisse pas !
Les pierres lavées de leur peine
Sicut Christo Lacrimae ».

La poésie, Art(bre) vivant

« Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas » affirma André Malraux

Déjà il nous mettait en garde contre le risque de l'appauvrissement de l'esprit. Reprenant ses propos Robert Kemp dans « Les Nouvelles Littéraires » en 1958 écrivait : « Imaginez à l'heure où nous sommes la race humaine sans poètes, sans conteurs et sans apôtres. On aurait beau rouvrir les boucheries nous ne vivrions plus longtemps »

Jacques Taurand pose une question pertinente dans un de ses récents écrits:

« Est-il encore temps d'atteler un poème
De tendre l'oreille à ce galop d'étoiles ? »

Amère réflexion pessimiste mais non sans raison !

Pour être un siècle de Vie, le 21ème siècle se devra d’être humaniste, car s’il devait perdre sa Poésie et ses rêves le genre humain privé alors d’espérance, serait livré à la barbarie et n’y survivrait pas.

« La poésie est un ART(BRE) VIVANT »

Prenons garde que cet arbre ne meurt à trop flatter et trop privilégier un langage hermétique. Charles LE QUINTREC dans son ANTHOLOGIE DE LA POESIE BRETONNE parue en 1980 exprime son amertume dans une virulente diatribe à l’encontre de certains poètes qui prônent l’obscurité sous prétexte d’originalité :

« La sécheresse fait des ravages et pas seulement dans le Sahel…Jamais, les anthologies le prouvent, nous n’avons recensés tant de poètes , jamais l’œuvre n’a été à ce point absente .. » ajoutant : « …Je pourrais donner cent, mille exemples ; je pourrais citer ici des textes qui ne se peuvent lire par aucun bout et qui n’ont de nom dans aucune langue…Comment s’étonner par la qualité d’un tel charabia de la désaffection du public pour un art littéraire qui hier encore passait pour un art de vivre ? »

Bernard-Henri LEVY n’essaye-t-il pas d’expliquer en août 2001 dans LE POINT : « L’obscurité d’un grand penseur ou d’un écrivain n’est après tout qu’une façon de protéger son texte…Vertu de l’obscurité!!...Danger de la grande clarté …selon Lacan !! » Nous dit-il sérieusement… De quoi rire. Assurément MOLIERE n’est pas mort !

Billevesées d'un snobisme littéraire à l'égal des « Incoyables » du Directoire. Il faut s'en faire une raison. Il en est ainsi de toutes les époques. Et cela passe… comme les modes.

Triste constat d’une Poésie Française défaillante. La Poésie ne se vend plus ou si peu. Ses quelques courageux éditeurs en savent quelque chose. A vouloir dérouter le lecteur, que ces « poètes » ne s’étonnent pas de les voir changer de chemin.

« De même que le théâtre est fait pour être joué,
La poésie est faite pour être dite...»

affirmait Raymond Queneau

Mais à quoi servirait de DIRE si cette nécessité n’avait pour corollaire la condition d’être ENTENDUE. Quand le poète se dévoile dans une démarche impudique en donnant son âme en pâture, il aide celui qui l’entend à se mieux reconnaître en partageant ses émotions, ses sentiments, ses incertitudes et ses angoisses. Mais pour que cette transfusion poétique s’opère faut-il encore que créateur se pose sur la même longueur d’onde que son lecteur en un langage qui lui soit compréhensible. Sans cette résonance cette soi-disant poésie à usage de pseudo intellectuels abscons et nombrilistes est lettre morte avant même d’avoir vécu condamnée à disparaître sous les poussières du temps.

« Le poète est celui qui inspire
Bien plus que celui qui est inspiré »

signait Paul Eluard en 1930 à la fin d'un texte en prose situé au début de « Ralentir Travaux », ouvrage écrit en collaboration avec André Breton et René Char. Il l'explicite dans « L'Evidence Poétique » en 1937 :

« Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité est non pas d'invoquer, mais d'inspirer. Tant de poèmes d'amour sans objet réuniront un beau jour des amants. On rêve sur un poème comme on rêve sur un être. La compréhension comme le désir, comme la haine, est faite de rapports entre la chose à comprendre et les autres, comprises ou incomprises. »

Comme le montre ce commentaire, cette formule se rattache à l'idée que le lecteur doit participer à la création de l'œuvre. Le poème par son ouverture, son langage elliptique, se propose à l'imagination active de celui-ci qui le transfigurera au moule de sa propre sensibilité. Certes il a raison ! Mais faut-il encore que le poème accroche la sensibilité de son lecteur et ne tombe pas dans un galimatias incompréhensible comparable à de la mauvaise peinture jetée en vrac sur une toile. « On ne fait pas une bonne cuisine en mélangeant n’importe quoi. »

La parole de l’auteur doit être sincère et vraie sinon elle n’est que fumisterie. L’émotion poétique doit être ressentie par le créateur pour passer dans l'œuvre et réapparaître ensuite dans l'âme du lecteur. Mais, pour que la transfusion s'opère cela suppose aussi que le créateur ait cette énergie mystérieuse, cette fulgurance luminescente qui caractérise la grande Poésie.

La simplicité est un Art plus difficile qu'il n'y paraît. Il ne permet pas de tricher. J'en veux pour exemple le poème égyptien gravé en hiéroglyphes il y a 2300 ans avant Jésus Christ :

« Ton Amour est dans ma chair
Comme un brin d'herbe dans le vent »

Il ne sort pas d'une sémantique obscure mais est d'une simplicité lumineuse, un langage universel qui va droit au cœur. Et ce n'est pas un hasard si les poèmes de Rutebeuf et de Ronsard ont traversé les siècles gardant leur fraîcheur et leur pouvoir d'émotion.

Certes ! La poésie est diverse. Cette diversité est vitale à son épanouissement. Mais elle ne peut se satisfaire des gnostiques qui prônent l'Art pour l'Art et qui révèrent l'obscurité en l'accablant d'œuvres hermétiques au risque de la saborder.

« Nous pouvons goûter Mallarmé, son laurier comme celui de Baudelaire ne nous paraît-il pas plus précieux, plus enviable que toute la gloire de Victor Hugo. Et c'est pourtant Hugo qui demeure notre plus grand poète » constatait François Mauriac.

C'est parce qu'il parlait aux hommes le langage du cœur.

Les poètes ne doivent pas se renfermer dans leurs chapelles en oubliant leurs lecteurs. La Poésie se doit de rester vivante. En sachant SE DIRE et SE FAIRE ENTENDRE.

En cet ère révolutionnaire de la Pensée qui tend à la déshumanisation de la société alors que la remise en question de la définition de Dieu bouleverse les esprits (comme ce le fut à la fin du 5ème siècle au moment de l'effondrement de l'Empire romain quand les fidèles du Panthéisme allaient se détourner de leurs dieux pour embrasser la nouvelle religion venue de Palestine) l'homme a plus que jamais besoin de Poésie, de capter cette résonance pour partager avec le poète l'exploration des profondeurs de l’âme, pour ne pas s'égarer dans un monde « sans repère ».

Ce n'est pas blasphémer que de dire que ce sont des poètes qui ont »inventé» Dieu (du latin « inventus» : trouver). Les dieux de l'Olympe ne sont-ils pas œuvres poétiques ? Akhenaton et à sa suite Moïse, David, Jésus et Mahomet , Bouddha lui-même ont été en leur temps des poètes inspirés et visionnaires.

Le poète est pour l'homme une lumière qui ne saurait lui apporter la Connaissance pas plus que la Vérité mais un fanal d’espérance qui lui jalonne son chemin à travers le néant en vue d’accoster un dernier port dont il ne sait rien.

« Quand la mythologie s'effondre c'est dans la Poésie que trouve refuge le Divin… » disait Saint John Perse lors de son allocution au banquet du prix Nobel de 1960, et mettant en équivalence la science et la Poésie il ajoutait :

« … Quand on mesure le drame de la science moderne découvrant jusque dans l'absolu mathématique ses limites rationnelles, n'est-on pas en droit de tenir l'instrument poétique pour aussi légitime que l'instrument logique ? Au vrai, toute création de l'esprit est d'abord »poétique» au sens propre du mot, et dans l'équivalence des formes sensibles et spirituelles, une même fonction s'exerce, initialement, pour l'entreprise du savant et pour celle du poète… Et la grande aventure poétique ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques de la science moderne. »

La Poésie est un ART DE VIE, et avec la philosophie un ART DE PENSER.

« Je pense donc je suis »

disait Descartes.

L'homme glisse vers sa mort dès qu'il cesse de penser.

Mais si le livre et la poésie sont depuis Gutenberg les principaux véhicules de la pensée, ne risquent-ils pas d'être insensiblement mis à l'écart par l'audiovisuel, où cinéma, télévision, vidéo et Internet sont autant d'incitations à la paresse intellectuelle ? Quand l'élite va volontiers au devant de l'effort pour approfondir toute réflexion, la plupart des hommes dans la banalité de leurs sentiments et de leur curiosité intellectuelle s'abandonnent à la facilité. Le niveau culturel de la télévision attentive aux résultats de son audimat en est une démonstration affligeante.

Ainsi, il est essentiel et vital pour l'humanité que la Poésie continue d'exister. C'est aux poètes eux-mêmes qu'incombe la charge de sa pérennité et de s'en donner les moyens en défendant leur ART.

Roger-André Halique

Un étrange étranger...

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Roger-André HALIQUE
Membre de l’Académie Arts-Sciences-Lettres

Roger-André HALIQUE né à Rennes en 1938 a passé son enfance  en Brocéliande. 

Elève de René Simon de 1959 à 1961, il fut comédien à Paris de 1961 à 1965. 
Acteur de la compagnie « L'Equipe » (salle Valhubert à Paris), il participe aux festivals d'Avignon, Beaugency, Vichy et Gonesse jouant du Shakespeare dans La Tempête et La comédie des erreurs, jouant également du Marivaux, Musset et Offenbach, se produisant notamment  au Théâtre de La comédie Wagram (1961) dans Le plaisir de rompre de Jules Renard, et au Théâtre du Chatelet (1962-1963) dans La Polka des lampions de Marcel Achard dont le livret servit de script au film de Billy Wilder «Certains l'aiment chaud».

Contraint de se retirer à Saint-Brieuc pour raisons familiales, il exerce pendant 30 ans la profession d'agent d'affaires.

En 1971, il publie son premier recueil de poèmes L'Etrange étranger aux éditions de l'Athanor (Paris), puis un second en 1989 L'Instant éternel à  «Le méridien éditeur» (Paris).

Parallèlement peintre et sculpteur sous la signature de Halic, il expose à la Biennale des Beaux Arts au Grand Palais (février 1991), à la galerie Médiart à Beaubourg (septembre-octobre 1993) ainsi qu'en Bretagne (Rennes, Vannes, Quiberon, Binic et Saint-Brieuc).

Enfin en 2002 , retiré d'une profession sclérosante, il peut enfin se consacrer totalement à ses aspirations les plus profondes.

En 2003 directeur des 39ème Jeux floraux de La Baule il fut l'initiateur et l'organisateur du Grand Festival de Poésie de La Baule et de la côte d'Amour qui se déroula du 7 au 13 avril sur l'ensemble des cinq communes de la presqu'île du Croizic.

Après un troisième recueil, il est maintenant en voie  d'achever son premier roman Le soleil du Sphinx

* Grand Prix de prose poétique au Concours International 2001
* Médaille d'Or de la Poésie 2010 au 32ième Salon de BONDY-ARTS-INTERNATIONAL

Introduction...


CHARLES LE QUINTREC
Grand prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son oeuvre

Né en 1926 à Plescop dans le Morbihan il est le grand romancier de la Bretagne, poète, essayiste et critique littéraire. Son œuvre incontournable mainte fois récompensée écrite dans une langue dont la richesse est en soi un vrai trésor patrimonial s’est faite témoin de notre siècle aussi bien en relatant la vie d’un enfant de la terre dans ce qu’elle eut de plus humble et de plus merveilleux, passant à celle d’un jeune écrivain dans le Paris de l'après guerre, autant qu’en restituant l’âme de la Bretagne dans son quotidien de foi et de pauvreté le plus âpre mais aussi le plus enchanté de sa paysannerie du temps de paix et de la guerre, la magie des paysages et la poésie de sa terre natale.

« C'était en juillet 2003, à Baden, chez Anne et Patrice. Il y avait là deux douzaines de poètes et, parmi eux, Roger-André Halique.
Après un repas pris dans le parc du château de Kergonano nous gagnâmes les ombrages. Le récital qui suivit me permit de faire plus ample connaissance d'un homme au visage clair avec des yeux de tourterelle et une chevelure poivre et sel, en partie dédiée à la bohème du temps. C'était Roger-André Halique que je ne connaissais pas six semaines plus tôt.
Sans plus de manière, il dit un texte célébrant sa femme Suzy. Très beau texte, interprété avec un art qui se perd et que Roger André Halique possède pour avoir fait du théâtre et s'être inspiré, dans sa jeunesse, de ces comédiens qui de Racine à Jammes et à Claudel, savaient brûler les âmes plus encore que les planches.
Ce poème à Suzy, le poète nous l'offrit avec bonheur et, pour finir, avec des larmes. Bouleversé, il nous bouleversa :

Précoces les muguets grelottaient au soleil
Nous étions deux enfants. C'était un jour d'avril
Rajeunie la nature émergeait du sommeil
... Suzy t’en souviens-t-il ?

D'autres poèmes qu'il vient de réunir sous le titre « Le cri du sel » sont d'un homme qui aurait vécu plusieurs existences et qui aurait traversé maints déserts pour nous en offrir les oueds et les palmes plus que les ergs et les dunes. Il faut lire « Un matin à Fayoum »... On y retrouve le goût, le parfum des Orientales célébrées par le jeune Hugo.
Cela dit, sa source d'inspiration la plus constante, la plus heureuse, est une hymne quasi religieuse à la Femme toujours aimée, toujours tournée vers la lumière, Isis au Désir, à la fois brûlante et brûlure.
Ce poète qui prend son pain – ce pain spirituel qu'on a plaisir à partager – au hasard des routes, paraît avoir une prédilection pour le grand Sud, les nuits grecques et Mésopotamiennes. Il met plus d'azur que de nuages dans ses compositions et vogue volontiers vers l'océan des sables.
Le voici à la fois tenté par le dire gravissime et par les ouaillais du père Ubu. Le voici léger comme Banville et Laforgue, désarticulant le vers à tout va pour le plaisir de lui couper les pieds.
Entre deux facéties, deux pirouettes, il aime à rappeler avec Paul Valéry que ‘’ Tout va sous terre et rentre dans le jeu ».
J'ai parlé de Hugo. Il y a une sorte de Gavroche tourné vers tous les éblouissements chez Roger-André Halique. Il serait Grec ou Kurde, s'il n'était Breton; chansonnier, s'il n'était poète, négociant, s'il n'était comédien. C'est un homme qui aura beaucoup dépensé de son temps et de son talent à la recherche d'un bonheur qui, de toute façon, ne se trouve pas dans un livre, mais qu'il semble avoir cultivé, tout au long de ses années les plus secrètes . »

Charles Le Quintrec, le 28 juillet 2003

Ce Vendredi 14 novembre 2008
A l'heure où le soleil est haut
Charles Le Quintrec
Le hobereau
Poèmes au vent
Nous a quitté
Vers sa Félicité.

Homme de Lettres majuscule
Il a rejoint sa Terre Promise
Sans aube et sans crépuscule !
Fermant sa parenthèse
Il est passé dans la Lumière
Aussi vite qu'une virgule
Sans point final et sans néant.
La mort ne vient qu’avec l’oubli !
Un grand poète ne meurt pas
Il entre dans la mort
Comme le troubadour entre dans un palais
Pour y chanter l’amour
Et jouer aux osselets...

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